Le 28 février prochain, nous vous ouvrons les portes d’un moment privilégié : La Force au Féminin, avec Agnès Robin en peinture en direct. Avant de la voir créer, nous avions envie de vous faire entendre sa voix, celle qu’on n’entend pas toujours derrière l’œuvre.
Avant ce rendez-vous, on vous propose une mise en bouche : trois minutes avec l’artiste, sans filtre, pour comprendre d’où vient cette énergie, ce mélange de puissance et de finesse. Ensuite, on se retrouve à la galerie pour vivre le reste ensemble.
L’entrevue principale - La Force au Féminin
Vincent : Entre l’énergie brute du street art et la délicatesse d’une feuille d’or, il y a un monde. À quel moment précis, seule dans ton atelier, l’Agnès "rebelle" laisse-t-elle la place à l’Agnès méticuleuse ?
Agnès : L'Agnès rebelle est toujours la première à s'exprimer ! Elle veut faire passer un message à travers l'esthétisme de la composition artistique. Mais je la censure beaucoup, selon ce que je suis prête à montrer. Je n'ai pas encore atteint le stade ou je me fous complètement du jugement des autres.
J'essaie le plus possible de faire ce que je veux, ce que j'aime, ce que je trouve beau, en espérant que d'autres auront le même feeling. L'Agnès méticuleuse est là tout au long de la réalisation et surtout au moment de la touche finale de l'œuvre. J'aime les choses bien faites. Des fois, je m'efforce à un laisser-aller "contrôlé" mais mon côté méticuleux revient vite…
Vincent : Tes femmes ont toujours l’air de porter quelque chose de lourd, mais d’être debout et inébranlables. D’où elles viennent, ces femmes-là - elles existent dans ta vie réelle ou tu les inventes ?
Agnès : Tout autour de moi, dans ma vie privée, mais aussi dans le public, j'ai vu, entendu et soutenu des femmes au discours féministe fort : Simone Veil, Simone de Beauvoir, Frida, Gisèle Halimi, ma cousine Marie-Jo… Des femmes pour qui la liberté et l'égalité des sexes étaient une bataille, des femmes qui ont osé !
À travers mes portraits, j'essaie de transposer cette force intérieure. Mais, selon l'humeur du moment où je crée, ces femmes pourront à la fois porter toute cette rage face aux injustices faites aux femmes et en même temps toute leur impuissance et/ou leur vulnérabilité. Mes femmes se portent avec détermination, force et grâce.
Vincent : L’exposition s’appelle La Force au Féminin. Mais en toute transparence, y a-t-il des jours où tu ne te sens pas forte du tout face à ton travail ? Comment fais-tu pour retrouver cette force ?
Agnès : Comme tout le monde, je ne suis pas toujours sur un "high"... Il m'arrive de douter, de tout remettre en question, d'être tiraillée, de perdre confiance. Mais, je ne vous cacherai pas que cela ne dure que très peu de temps, car très vite, la passion m'anime à nouveau et là, je suis comme une machine, je fonce avec toute la force de mon cœur !!! Pour moi, créer, c'est respirer, c'est vital !
Vincent : Est-ce qu’il y a un pays, un endroit précis dans tes voyages, qui a laissé une trace directe dans ta façon de peindre - quelque chose que tu vois encore dans tes toiles aujourd’hui ?
Agnès : La culture de mon pays d'origine, la France, est ce qui a laissé la plus forte empreinte sur mon travail artistique. On la retrouve aussi bien dans le style que dans la construction de mes œuvres. Bien sûr, il y a des pays comme l'Inde, la Thaïlande qui m'influencent aussi beaucoup dans le choix des couleurs. Et puis le Québec, mon pays d'adoption, ajoute toujours sa petite touche.
Vincent : Tu as cette double identité Paris/Québec, mais aujourd’hui tes toiles se retrouvent accrochées dans plus d’une trentaine de pays à travers le monde. As-tu l’impression que tes "femmes fortes" résonnent différemment ou racontent une autre histoire selon la culture où elles atterrissent ?
Agnès : J'ose croire que le message que mes "femmes fortes" véhiculent reste le même où qu'elles soient. Mais j'espère que chaque personne, homme ou femme, s'approprie cette force à leur manière pour la faire évoluer dans leur vie de tous les jours.
Vincent : Le 28 février, tu vas peindre en direct devant le public. Pour une artiste habituée à l’intimité de son atelier, c’est quoi ce sentiment d’être observée en pleine création ? C’est de l’adrénaline pure ou une petite forme de torture ?
Agnès : Pour moi, peindre devant un public, c'est de la pure folie ! J'ai besoin de calme, de concentration, je peins dans le silence. Mais rencontrer les gens, leur parler de ma passion, leur partager ma façon de créer, les écouter, me parler de ma peinture est très nourrissant et enrichissant. C'est également une façon de dire merci à tous ceux et celles qui m'encouragent en venant les rencontrer.
Vincent : Avec quelle femme, vivante ou non, souhaiterais-tu converser pendant deux heures ?
Agnès : La femme avec qui j'aimerais passer 2h à parler de mon travail serait la portraitiste Annie Leibovitz, photographe au regard très affûté pour les différents angles de prises de vue.
Vincent : Quel est le pire conseil qu’on t’ait jamais donné ?
Agnès : Arrêter de peindre, changer de style… Que mon style d'art était commercial… Mais l'art n'est-il pas une discipline commerciale ? Tous les artistes ne peignent-ils pas pour vendre leurs toiles ? Heureusement, j'ai persévéré et je n'en ai fait qu'à ma tête !
Vincent : Si ta palette de couleurs signature - avec ces textures et cette lumière si particulières - était une chanson qu’on entendrait en franchissant les portes de la galerie, ce serait quoi le style ou le rythme ?
Agnès : Ce serait la chanson "Je veux" de Zaz, une chanson remplie d'amour et de bonheur !
Vincent : Quelqu’un qui n’a jamais acheté d’œuvre d’art de sa vie entre dans ton exposition le 28 février. Qu’est-ce que tu veux qu’il ressente en ressortant ?
Agnès : J'aimerais que les gens ressentent cette énergie positive dont je charge toutes mes œuvres à travers les couleurs, la lumière, la composition et le choix de mes visages.



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