ENTREVUE EXCLUSIVE
Patrick Pépin, l’âme du voyage au Vietnam
Entrevue réalisée le 9 avril 2026 par Vincent Beauchamp. Patrick Pépin est au Vietnam.
PARTIE 1 : L’APPEL DE L’INCONNU
Vincent Beauchamp : Patrick, après ton périple en Thaïlande, qu’est-ce qui t’a attiré vers le Vietnam plutôt qu’ailleurs cette fois-ci ?
Patrick Pépin : J’étais déjà venu au Vietnam il y a 25 ans. Mais ça fait tellement longtemps que c’est comme du renouveau. Le pays vit présentement un essor de développement incroyable. En tant que voyageur sac au dos (backpacker), ce que je recherche, c’est toujours le côté plus authentique et moins touristique. Je me suis dit : je pense que c’est le temps que je vienne avant que ce soit trop développé, parce qu’il y a encore moyen de trouver des beaux petits joyaux. Malheureusement, les Vietnamiens sont tellement gentils et accueillants qu’ils veulent tellement nous faire plaisir que souvent on arrive sur des plages touristiques et il n’y a même plus de cuisine vietnamienne, plus de musique vietnamienne, tout devient pour faire plaisir aux touristes. Donc avant qu’il soit trop tard, je me suis dit : il est encore temps de découvrir les vrais joyaux du Vietnam.

Vincent Beauchamp : Quand tu arrives dans un nouveau pays, que cherches-tu exactement : sais-tu déjà ce que tu veux trouver ou te laisses-tu totalement surprendre ?
Patrick Pépin : Pas exactement. J’aime être surpris. C’est tellement facile aujourd’hui de tout prévoir : on peut aller sur Google Maps, voir l’hôtel à l’avance, savoir ce qu’on va manger, quelles activités on va faire. J’essaie curieusement de ne pas faire ça avant de partir. Je regarde des trucs généraux : la sécurité, l’aspect économique, la météo. Je voyage de façon très minimaliste : mon sac de sport, une paire d’espadrilles, deux-trois t-shirts. Pour ce voyage de six semaines, j’avais réservé seulement les six premières nuits. Ensuite, la planification se construit au fur et à mesure des rencontres et selon mon état du moment. C’est un voyage qui se construit comme mes tableaux : de manière organique, avec l’instinct et le hasard des belles rencontres.
Vincent Beauchamp : Quelle est la première couleur ou la première texture rencontrée là-bas qui a immédiatement fait vibrer ton œil d’artiste ?
Patrick Pépin : Après ma deuxième journée à Hanoï, je suis parti explorer à pied tout ce que je pouvais parcourir autour de mon hôtel, au nord, au sud, à l’est, à l’ouest. Les premières journées, aux prises avec le décalage horaire, je me levais vers 3h du matin et je partais marcher quand les rues étaient vides, avant même le lever du soleil. Je marchais jusqu’à 18h, 19h le soir pour un total d’environ 12 heures de marche par jour. À un moment donné, je suis tombé sur une magnifique murale d’art urbain faite en matériaux recyclés qui m’a beaucoup interpellé au niveau des textures et des couleurs. J’avais l’impression que c’était fait en petits bouts de fils électriques recyclés, avec une perspective incroyable. J’ai passé beaucoup de temps à la regarder. Ça m’a laissé une impression très forte. Il y a un truc avec l’inspiration que j’ai compris au fil des années : on ne peut pas la mettre dans une boîte de conserve puis l’ouvrir quand ça nous plaît. L’inspiration est souvent immédiate. Les photos permettent de conserver des empreintes qui peuvent être comme une étincelle pour créer l’œuvre une fois de retour au Québec.

Vincent Beauchamp : Comment vis-tu « la rue » au Vietnam : es-tu dans le mouvement avec les locaux ou prends-tu du recul pour observer ?
Patrick Pépin : J’ai eu des rencontres incroyables dès mon arrivée. Sans le savoir, j’ai tout de suite trouvé le repaire du coin des artistes. J’ai rencontré un guitariste de Taïwan, des gens qui font des tableaux, des expatriés installés ici depuis trois ans. Ces gens-là repèrent les endroits où la bouffe est bonne, où il y a de l’ambiance, où les prix sont honnêtes. Ça m’a permis de tisser des liens avec les gens. En à peine quatre jours, les gens m’offraient des repas, des bières, puis moi je les invitais au karaoké. Tout ça se passe parce que j’essaie de m’intégrer aux locaux. Je déteste les endroits pleins de touristes parce que je ne comprends pas l’idée de faire 30 heures d’avion pour manger la même chose qu’à la maison. Quand je viens ici, j’aime prendre congé de moi-même, de tout ce que je fais à la maison et même de tout ce que je suis. Je ne suis pas «Patrick l’artiste» pour quelques semaines : je vis dans l’instant présent. Les voyages me reconnectent énormément à cet instant.
PARTIE 2 : UN ÉVEIL SENSORIEL
Vincent Beauchamp : Tes toiles partent souvent d’un instant ou d’un détail précis : est-ce quelque chose que tu vois, que tu ressens, ou les deux à la fois ?
Patrick Pépin : Les toiles, ça commence parfois avec une vision précise, parfois pas non plus. C’est comme des voyages, en fait. J’ai fait des voyages très planifiés et d’autres très improvisés. Les toiles, c’est pareil. J’aime beaucoup continuer des collections déjà présentes, c’est comme retourner en terrain familier, dans un endroit qu’on aime. Mais c’est aussi vraiment plaisant de faire une aventure. Parfois on se trompe, parfois c’est décevant, mais ce n’est pas grave de prendre la chance de risquer qu’un tableau ne soit pas beau. Ça fait partie du processus d’artiste. J’avais beaucoup de difficulté à accepter ça au début. Un peu comme dans notre vie, il faut parfois laisser ça de côté. Ça traîne dans l’atelier, puis un jour on trouve la solution avec l’expérience d’autres tableaux. C’est pareil dans la vie : on résout des problèmes, mais quelquefois c’est plus long qu’on pensait. Et parfois ça donne naissance aux plus beaux tableaux.
Vincent Beauchamp : Y a-t-il eu un instant précis, entre le tumulte des marchés et la sérénité des temples, où tu as senti que tu tenais ce que tu étais venu chercher ?
Patrick Pépin : En fait, non. Je pense qu’on cherche quelque chose qui nous a déjà trouvé, dans le sens que la vie nous apporte souvent ce dont on a besoin. Quand j’étais jeune, je pensais que faire le tour du monde allait m’apporter toutes les réponses, résoudre ma crise mystique, me permettre de mieux me connaître et de comprendre le monde. Et malheureusement, ça m’a apporté bien plus de questions que de réponses. Dans mon cas, c’est plutôt une quête infinie qui n’est jamais satisfaite.

Vincent Beauchamp : Est-ce que le Vietnam t’a bousculé dans tes certitudes, ou a-t-il plutôt confirmé une intuition que tu portais déjà en toi ?
Patrick Pépin : Je pense que c’est trop tôt pour le savoir, je viens à peine d’arriver. Je suis ici depuis une dizaine de jours sur un voyage total d’un mois et demi. Jusqu’ici, le bilan de ma première semaine est tellement positif. J’ai parcouru une trentaine de pays depuis trente ans. Les pays que j’aimais beaucoup, comme la Thaïlande, j’y suis allé une dizaine de fois. Mais honnêtement, en à peine dix jours, on dirait que mon cœur est en train de changer de pays. J’ai vraiment un gros coup de cœur pour le Vietnam. L’accueil des gens, la qualité de vie... Le coût de la vie, c’est aussi super important quand on voyage. Au Vietnam, je suis présentement dans une chambre qui coûte 9 dollars par personne en occupation double, déjeuner inclus. La qualité de vie et de belles activités qu’on peut s’offrir à ce prix-là, c’est incroyable.
Vincent Beauchamp : Y a-t-il une image, une lumière ou même une odeur que tu sais déjà que nous allons retrouver dans tes prochains tableaux ?
Patrick Pépin : En me promenant au hasard dans les quartiers, je suis tombé sur un parc commémoratif dédié aux blessures et aux cicatrices profondes de la guerre. Des pièces d’avions en ruines. J’ai toujours fait de la peinture jusqu’à maintenant, mais quand j’ai regardé toutes ces pièces tordues, chauffées par les flammes et les explosions, qui s’étaient écrasées au sol, je trouvais qu’il y avait là déjà comme des œuvres d’art. C’est douloureux ce que ça porte comme message, mais en même temps c’est important de se rappeler pour que ces choses n’arrivent plus. Ça me fait travailler l’esprit : j’aimerais beaucoup sculpter des formes abstraites de morceaux de moteurs en ruines qui seraient ensuite repeints. Mon esprit travaille là-dessus beaucoup depuis quelques jours.

PARTIE 3 : LE SECRET DERRIÈRE LA TOILE
Vincent Beauchamp : Tu as cette signature unique de coller un témoin physique de tes voyages au dos de tes œuvres. Quel(s) objet(s) ou fragment(s) vas-tu ramener à coup sûr du Vietnam pour jouer ce rôle de gardien de tes souvenirs ?
Patrick Pépin : Normalement je ne parle jamais de mes inspirations pendant qu’elles sont en cours de création ou avant qu’elles soient nées, parce que je me suis tellement fait décourager souvent avec mes nouvelles idées. Je parle de sculptures en métal, on me dit : «Ça va être trop lourd, ça sera pas vendable.» En papier mâché : «Ça va être trop fragile.» Des œuvres sur papier : «C’est difficile, il faut l’encadrer.» Des collages : «Les gens ont de la misère avec ça.» Des trucs en bois : «Ça se roule pas.» Je les garde souvent secrètes mes idées. Parce que sinon on finit toujours par refaire les mêmes choses qui ont fonctionné dans le passé et il n’y a jamais rien de nouveau qui avance. Je protège mes nouvelles idées.

PARTIE 4 : LE RETOUR À L’ATELIER
Note : Les questions sur le retour à l’atelier, sur le voyage comme recharge ou déclencheur, et sur l’émotion dominante de la future collection n’ont pas encore été répondues. Patrick était en route vers l’île de Cat Ba à vélo électrique au moment de mettre fin à l’entrevue. À suivre !
« Merci beaucoup de si bien me représenter. »
Patrick Pépin, depuis le Vietnam, 9 avril 2026



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